mardi 16 octobre 2012

C'est comme ça


un jour oblique
tu n’avais pas
voulu de moi
toi d’ordinaire
faisant l’enfant
tu fus
pour l’heure
visionnaire

de mon côté
râpée la corde
des possibles
un jour j’ai dû
changer la langue
depuis ne cesse
d’être vieille

du manège 
où encore
tu fais des boucles
tu nous gardais
ma foi barrée
chez les tams-tams
doit faire la folle
si tu la vois

vendredi 12 octobre 2012

Enchantement


la fille qui encore
veut dire mon amour
erre la nuit
arpente
les sombres continents
pleure dedans
ne rêve
peut être qu’elle oublie

vient la pluie
pleut
martelle
les horloges gothiques
où l’on jouait à mourir
pour cailler les délices

la fille le sait bien
ni d’ailleurs de demain
pas plus de mon amour
mais de la peau
des yeux
quand ils sont
puis partir
mains aux poches

dimanche 30 septembre 2012

Lili Rotten


Lili Rotten n’est plus
peau d’albâtre
n’a pas
au hasard d’un regard
le sien à réfléchir
c’est à l’entour d’un chien
venu pêcher le tendre
qu’elle s’atermoierait
Lili Rotten au cœur
fendu comme le cul
venue des creux musqués
qui jamais ne se quittent
traine au talon
la nuit
du monde
ton cri
faiseur de lendemains
ciseleur de couronnes
elle ne l’entend pas
Lili Rotten s’en va
les forêts pour duvet
dedans un homme pleure

lundi 17 septembre 2012

Striptease


on va
au cinéma
au restaurant
on a l’air bien
toi sémillante
tu racontes
ton père ta mère
tes enfants
comme au début
mais différent
moi
ma pizza
je regarde comment
tu déshabilles
notre amour

jeudi 23 août 2012

Fortuna


il pleut
de lances à eau
ceux d’ici vont
comme au soleil
on attend
sous les tôles grondant
pas le bus l'accalmie
ta robe en coton bio
plaquée à la peau
tu appelles Maurice
le chien pelé
l’indien bourré
ne s’appelle plus
te collent aux jambes
comme moi
la faim au ventre


dimanche 8 juillet 2012

Etendage


Entre les cordes et mon corps
le linge mouillé enfle
à l’impétueux mistral
ressemble
à ce désir
quand l’autre l’un
aurait mangé
hors 
en vieux chiens
nos peaux encore
se tolèrent
la terre rend
au poids du ciel
ses touffeurs lasses
j’embrasse nue
comme un seul homme
les draps claquants

vendredi 1 juin 2012

Andalouses


plus que tout nous aimions
danser jusqu’aux ourlets
les nuits d’été
sauvages
pieds nus
les jeans frangés
souviens toi on brillait
des anguilles huilées
peaux bronzées au coca
cheveux blonds au citron
t’es pas chauve non plus
je ne sais pas comment
les retours de virée
aux chauffeurs hasardeux
s’arracher aux palabres
puis aux pyracanthas
les parents savaient rien
alors
on se disait par le menu
l’ivresse
ce type qui te collait
mais où donc jusque là
vous avait-on cachée
et cet autre jésus
tu es une madonne
tes yeux noirs sont comme peints
sur de la porcelaine
sur Alceu Valença
celle de la face B
fumant comme un kanoun
entre bouches et volutes
on écrivait le conte
les yeux cuisants perdus
dans de l’agua con gas
jusqu’au Premier Rayon
le tacite serment
nos fronts dardés enfin
gagnions mortes nos draps
tu te rappelles ça
nos aberrants régimes
futile apesanteur
à travailler au corps
nos os à l’obsession
pour ferrer la beauté
quand la grâce nous venait
seulement de jeunesse
putain tu te rappelles

j’ai sommeil tu m’ennuies
vas plutôt ramener
ma mère dans sa chambre
c’est toujours moi

mardi 22 mai 2012

Descendre - un texte de Malu


Une amie chère me permet de publier son texte "Descendre" ici. Merci Malu.
Partie s’occuper un peu.
Sortie de cette maison froide où seul un grand chien noir l’attendait.
Déambulé autour du lac, s’est colletée à la brume légère.
Flairé l’humus en salivant, s’est arraché les pieds de cette ventouse embourbée.
Affamée. Clayettes rouillées du frigo vide.
Glacée. Huile figée dans sa bouteille plastique.
Seule. Silence plutôt que baver sa tristesse.
Sale. Énergie trop coûteuse.

De retour chez elle, elle entend le chien aboyer dans l’appentis.
Elle ne l’a plus vu depuis la dernière platée, quatre ou cinq jours en arrière peut-être - quand a-t-il commencé à faire ce drôle de bruit ?
La puanteur derrière la porte, elle sait. La merde au sol, les flaques de pisse, les couvertures déchiquetées, elle les voit avant d’ouvrir.
Elle craint qu’il ne la dévore, prend son souffle et raidit son dos en ouvrant. Ce qu’elle découvre, c’est le regard du chien. Qui supplie. Et aussi : il a tenté de manger le ballon de basket, les bottes en caoutchouc, les vieux coussins de plage.
Le dernier verre de riz et quelques carottes noircies étaient pour lui, elle lui en avait servi une pleine assiette. Il a cassé l’assiette, à moins qu’il n’ait voulu la manger aussi ?
Elle referme la porte sur la silhouette grêle, vérifie qu’elle a bien laissé un filet d’eau s’écouler pour la nuit dans l’évier de la cuisine. Elle y pose une bassine, le chien aura à boire.
Elle se dirige vers le canapé ; au passage, elle ramasse sur le tapis son bonnet en laine et deux couvertures, décoince d’entre les coussins un pull miteux. Elle doit très vite enlever manteau et jean, enfiler - par dessus ses chaussettes humides et encore tièdes - les collants de laine, défaire son soutien gorge à travers des épaisseurs d’oripeaux. Elle s’allonge sur le velours, tire les couvertures, et une fois qu’elle a tout empilé sur elle, autour d’elle, bien serré y compris le bonnet sur la tête et le vieux pull autour de ses pieds, elle peut essayer de s’endormir.
Le chien va mourir. Pas mal, mourir harassé de faim (un homme fait la claque : applaudissez, Madame sa mère, Monsieur son père, criez bien fort la gloire de cette combattante par vous engendrée ! Avez-vous bien respiré par le nez lors de cette ardente copulation au moins ? Parce qu’elle a trouvé plus fort, bien meilleur que votre petite  baise à l’arrachée : elle a faim, elle va en crever et vous irez reconnaître un  corps dont chaque parcelle de vous connue fera un tout horrifique !).
Elle a un peu la nausée maintenant.
Les yeux fermés, elle s’alanguit sur le sable au début de l’été, plonge où tout a ripé : un travail pour août et en attendant, quelques extras le soir dans des restaurants sur la plage.  Une robe  bustier et ses jolies jambes qui tricotent au-dessous. Samuel. Son allure, sa bouche, son sourire qui mord, sa peau caramel doré. Il arrive à la paillotte, pose une main bien à plat sur son cou, « on y va ? » elle se lève et le suit dans la voiture, direction les collines. Caresser son torse, et se laisser lécher. Il la soulève par les hanches et la met en gerbe de  ses larges mains. Guetter un geste  suce-moi ou tourne-toi. Quand il jouit, elle s’en gave. Elle doit lui montrer son plaisir. Pas un mot. Elle montre du plaisir. Et : à la fin du mois, il a cessé de venir. Elle n’avait pas ses coordonnées. Elle appela les hôpitaux, des centaines d’entreprises où il pouvait être connu. Puis resta prostrée, combien de jours ?  Elle prit son travail de vendeuse, non déclaré. Elle ne surveillait pas assez le ratio visiteur/vente, se fit remercier. Se retrouva avec de quoi payer six mois de loyer, mais ni le plein de fuel ni l’assurance auto, et comprit qu’il fallait faire des provisions, des vraies.
Il y a encore du thé, du lait en poudre, des biscottes, du sucre et des boîtes de thon.
Il reste du savon et du dentifrice (Ne jamais puer ni du cul ni de la bouche, ma fille).
Elle s’endort.

Elle rouvre les yeux – le chien n’aboie plus.  S’il était mort, ce serait bien. Il recommence,  le silence a été bref, ou l’a-t-elle réveillé par la pensée ? six, huit jappements rauques, un silence, six, huit... il ne se taira pas et non plus ne mourra.
Elle ne peut pas se rendormir. Il aura toujours faim, il va continuer d’aboyer, un soir elle ouvrira la porte et il la dévorera. Même pas sûr.
Un nom n’est pas utile pour les ordres simples, ici le chien, tu es un bon chien, elle ne l’a donc pas nommé et maintenant, il n’a plus de joie. Lundi, ou dimanche,  elle l’a emmené au bord du lac, sans laisse. Elle aurait joué à ramène, le chien !  il serait tombé dans le lac pour s’y figer, y couler, disparaître. Elle a envoyé un bâton près du clapotement, il y est allé avec précaution, ses pattes toutes tremblantes ; la vase l’a rebuté, il glissait et s’enfonçait ; alors elle l’a rappelé tout doucement.
Elle a cherché si elle pouvait l’empoisonner. Mais le vieux désherbant serait atroce. Elle n’avait pas d’autres armes qu’une série de couteaux, des cordes, des coussins et ses propres mains.
Le sommeil reprend, le chien se fait entendre au loin et voici que ses voisins clabaudent à leur tour, elle voit leurs regards haineux, les bouches tordues et les glaviots au sol... l’un est armé. Il le lui a dit « petite, on a été cambriolés quatre fois, la dernière, le bruit de ces salopards m’a réveillé, alors je suis armé et si vous avez un problème, vous hurlez ou vous téléphonez, je viens ». Elle s’extirpe de sa couche. Elle ne va pas hurler. Elle va lui dire que le chien est mourant, qu’elle n’a pas les moyens de le faire soigner. Elle préfère l’abattre. Trois faits réels.
Le jour est presque là. En attendant sept heures, elle travaille sa tenue pour être un peu plus hirsute. Il y a de la lumière, elle y va, quand il ouvre, elle sent le pain grillé, bafouille « problème, chien, empoisonné » se met à pleurer, il appelle sa femme et tous deux l’emmènent dans leur cuisine où la lumière est douce. Elle explique, les yeux baissés sur une tasse de café – il répond « petite, on va s ‘en occuper, on vous prête l’argent » non, impossible de rembourser, et ses aboiements, et cette torture, et ces gens qui ont osé faire ce mal, que ça cesse. La femme sort. Le mari demande comment aider, elle lui dit. D’accord, il viendra après sa journée de travail. Elle suggère de s’en occuper seule et prendre maintenant la carabine,  « pas question petite, ce soir tu le feras mais je resterai à côté de toi ». Elle sanglote sans bruit, les mains cachant tout son visage, ses joues trop rouges, sa bouche béante. La femme est revenue avec des mouchoirs et lui propose de rester ici la journée. Pas question, je veux rester avec le chien aujourd’hui.

Le voisin arrive à six heures, quand elle ouvre la porte il lui dit « j’ai tout porté, tu veux toujours le faire ? » Elle l’emmène vers l’appentis, ouvre la porte, le chien s’approche, et le voisin blêmit.  Il fait noir, le chien est noir, il n’a pu tout distinguer. C’est toujours lui qui tient le fusil, il est en train de le charger. Il se lève pour le lui tendre, « et après, tu vas en faire quoi de ton chien ? » Elle a commencé de creuser un trou dans le jardin, il a une autre idée, si le chien n’est pas tatoué, la décharge c’est plus sain. Il peut les y emmener après. D’accord. 
Elle cale la crosse au creux de son épaule, le voisin est derrière elle, elle l’entend respirer – elle ouvre la porte, le chien s’approche toujours suppliant, ses aboiements sont plus faibles qu’hier, elle pose prestement le bout du canon entre les deux oreilles attentives et presse la détente. Le chien a un sursaut et tombe sans bruit. Elle referme la porte, tend le fusil au voisin. Qui s’est rassis et a sorti une flasque de sa poche « prends un remontant, petite, tu as besoin ». D’accord. Elle s’assoit, voit ses genoux qui ne tremblent pas, sa main qui attrape prestement la flasque, et la porte à ses lèvres. Le voisin la fixe « tu as drôlement du cran tu sais, petite ». Elle sait. Elle boit son remontant.
« Je vais remonter, dit-elle, je pouvais pas descendre plus bas ».
 

dimanche 20 mai 2012

Point d'heure


et dans la maison sale
rendue au son du vent
je cherche la tournure
pour faire enfler la nuit
par deux fois
par trois fois
reprenant du début
à mes pieds minuscule
semblant faire un sillon
un cafard de plomb passe
passe
repasse encore
comme le mien têtu

mardi 15 mai 2012

L'homme qui brûle


mille mondes et toi reine
je bois du petit lait
aux coups de ses soleils
me cabosse le gras
à oublier mes ventres
car voilà les centaures
ces élus pour voler
une improbable clef
du saucisson aussi
et dieu comme une flaque

un jour pas comme l’autre
ses ailes font du miel
les miennes ont pas fondu
je les avais pendues
après la plus timide
étoile
du pays
qu’on a 
jamais trouvé