la mèche sémillante
le cousin garde vif
l’œil clair culotte en cuir
au mollet montagnard
sa sœur sent fort le suif
de cerf bon pour les pieds
pleure sourde son derme
tressaute l’oncle grince
les sandales aux chaussettes
front piqué vers l’assiette
comme ça c’est réglé
sa femme crêpée blonde
époussette ses sucres
autour d’un secret vide
l’autre sotte pérore
dressage pédigrée
tortillant de la croupe
son chien cherche une jambe
la suivante s’allume
chignole les tympans
pour sauver une chaise
la tante illuminée
mais qui n’est que bonté
dodeline sa race
offre un mouchoir à jours
le mari lui se tait
là haut au cimetière
l’ancienne fait de l’herbe
avant d’être évacuée
son aîné au fronton
gardera sa superbe
Beaumont Hamel le 15
avril 1916
une histoire terrienne
RépondreSupprimerquel portrait de famille... j'aime beaucoup
RépondreSupprimerOh je les vois là tous ! Surtout l'autre qui "dodeline sa race" et le mari qui se tait !
RépondreSupprimerCe commentaire a été supprimé par l'auteur.
RépondreSupprimerC'est imagé, c'est fort, c'est piquant, surprenant et ça reste longtemps en bouche, on est loin de l'eau tiède.
RépondreSupprimerMerci.
Antoine
Du grand, de l'immense Koukiiii!!!!
RépondreSupprimer".... dodeline sa race..."
Et cette fin admirable, géniale!
(J'ai cru à une famille teutonne?:)
Mortel... mais je ne me lasse pas de ce "poison" distillé ! Un très beau "cru", la liqueur est violente.
RépondreSupprimerPoème tout en images... un sourire flotte encore sur mes lèvres. Un goût drôle-amer.
RépondreSupprimerMadame de K va être contente, le présent poème, s'il n'est pas gai à franchement parler, est drôle.Le portrait caustique des personnages de cette réunion familiale est dressé avec verve et ironie.Les vers, non ponctués,s'enchainent comme un jeu de kyrielles.Le mobile de la réunion « l'évacuation » de l'ancienne est secondaire. Les vestimentaires variés laissent entendre que la réunion est un artifice d'écriture pour faire défiler cette galerie de portraits sous la plume acide et amusée de l'auteur. Les portraits sont composées d'une succession d'images, caricatures, essentiellement visuelles. Odeurs,,sons,paroles,actions viennent renforcer les images,se font image.
RépondreSupprimerL'écriture est particulière, elle a sa propre syntaxe,elle est d'essence orale. J'ose écrire qu'elle m'apparait féminine, elle est concrète, ménagère. Les commentaires jaillissent avec une crudité familière, non dénuée de tendresse, le langage de quelqu'un accoutumé à lire les histoires dans les linges intimes et les soins. Chaque croquis décode le personnage croqué, le déshabille, met à nu ses tics, l'habille pour « l'hiver »...Le cousin,zin zin,sin doux,doux sœur..Les quatre premiers vers intriguent, ensuite vient l'envie de s'esclaffer, puis la curiosité s'éveille et l'envie de regarder défiler toute la tribu. La tablée devient un stand de tir forain, la caméra,mitraillette,décanille allégrement les portraits qui se succèdent,véloces dans ce jeu de massacre. Décidément, les mots sont des balles du côté de Beaumont Hamel. L'explosion jouissive de l'insolente narratrice n'épargne personne,en somme.Pourquoi cette allusion à la bataille de la somme ? Ce poème est il une retombée indirecte de cette tuerie ? Les batailles du linge (autre bataille) résonnèrent, longtemps dans les mémoires. Kouki gagne la bataille de l'encre(encore une bataille). Ces massacres furent un suicide collectif dont les conséquences sont infinies...Perplexité.... Là haut, « l'ancienne fait de l'herbe » là où poussent les coquelicots.
quel retour en beauté, Kouki!
RépondreSupprimerCe texte comme une guirlande de Noël.
RépondreSupprimer@Brigetoun : et que ça
RépondreSupprimer@Muriele : ah mais c'est bien, merci Muriele
@Christophe : ont tenu jusque là eux !
@Antoine : merci Antoine de ces mots
@Pluche : bien vu les Teutons, vous souriez ?
@Frédérique : ah ça me donne soif :D
@Jeanne : je vous vois, et c'est bon ce sourire
@Patrick : me dire que l'écriture est féminine ménagère et concrète me plait bien. Car ici les hommes se taisent. Ces histoires, comme celles d'ici, restent tintées des grandes guerres répétées, et il est troublant de descendre des branches.
@aléna : doux à attendre Aléna, je fais des allers retours, and you ?
@Gilbert : déjà? j'ai encore trop chaud Gilbert :)
ben... moi aussi... aller retour aller retour aller...
RépondreSupprimer:))
@aléna : Allez !!
RépondreSupprimerParce que chez ces gens-là...
RépondreSupprimerTextes à proposer à François Bon sur Publie.net.
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